Lettre de démission

conseil

Dakar, le 25 juin 1979

Lt-Colonel Mohamed o/ Bah o/ Abdel Kader

A

Monsieur le Président du Comité Militaire de Salut National, Chef de l’Etat

Monsieur le Président,

J’ai écouté avec beaucoup d’indignation le communiqué du C.M.S.N qui fait suite à ma démission des deux instances supérieures du pays, à savoir le comité Militaire et le Gouvernement.

Je vous avoue que je suis surpris, voire écoeuré de constater que l’image de l’Etat que vous incarnez se soit laissée ternir par des réactions et des attitudes qui relèvent davantage du règlement de compte que de la grandeur et de la maturité d’un pouvoir qui se veut national.
Je crains simplement que le discrédit jeté avec calcul sur ma personne ne vous souille.

Monsieur le Président, nos compatriotes sont murs, respectables et capables de discernement.

Nos forces armées, nées dans la douleur, connaissent leurs chefs.

L’épreuve qu’endure notre pays depuis quelques années, a donné l’occasion aux uns et aux autres d’apprécier le courage de chacun, son honnêteté, son patriotisme et ses nobles idéaux.

C’est pour dire que je laisse le soin aux citoyens conscients, épris de justice, aux officiers dignes – il y en a dans notre armée – aux sous-officiers et hommes de troupe courageux et honnêtes, de juger de la tentative fort maladroite qui vise à me salir, pour des objectifs encore non avoués.

L’absurdité des accusations est évidente et la plupart des membres du comité, dont vous-même Monsieur le Président et tant d’autres officiers sincères et honnêtes en sont, je suis sur, indignés.

Ce que je peux ajouter à ce stade, Monsieur le Président, est que le 12 mai dernier, j’ai présenté ma démission du C.M.S.N. pour des raisons que je ne juge pas opportun de révéler. A ce sujet, permettez-moi de me prévaloir de votre témoignage ainsi que celui des camarades que vous connaissez.

Aujourd’hui, je viens requérir ce même témoignage, convaincu qu’il ne me fera pas défaut, pour prouver, que c’est bien moi qui ai de nouveau présenté ma démission du comité et du gouvernement pour des raisons personnelles.

Ces raisons, que vous et tous les membres du comité devinez, se résument en ce qu’un homme dont le seul idéal a toujours été de servir son pays aux prix de lourds sacrifices, accepterait difficilement de souscrire à un système qui visiblement œuvre en faveur de sa destruction.

La charte et le règlement intérieur du C.M.S.N. permettent à chaque membre de se retirer suivant une certaine procédure que j’ai respectée mais que vous avez pris la responsabilité de bafouer.

Je comprends que le Comité Permanent ne puisse pas livrer à l’opinion toutes ces vérités. Je comprends également que lorsqu’on veut tuer son chien, on l’accuse de rage.

Quoi qu’il en soit, je rentrerai dans mon pays pour que la vérité triomphe, car je fais confiance aux Forces Armées Nationales et au sens de la justice du peuple mauritanien. Je suis convaincu que les officiers dignes de notre Grande Armée et de notre peuple de héros sont plus nombreux que ceux qui sont entrain de brader l’héritage glorieux de notre illustre disparu, le regretté Ahmed o/ Bousseif. Je me reconnais incapable de trahir sa mémoire. Et, si en cela j’ai commis un crime, j’ai choisi d’en subir les conséquences.

 

Live Support